MOOC : l'évolution du profil de l'apprenant numérique - 2/4

MOOC : l'évolution du profil de l'apprenant numérique - 2/4

Manon Pecastaings 3 Comments 30 avril 2015 17:35:00 CEST Tendances Vidéo Marketing, eLearning Read in english

Le premier article de notre série dédiée aux MOOCs, leurs origines, leurs évolutions jusqu’à leurs usages  s’attardait sur l’apport connectiviste de cette tendance entre les formateurs et les apprenants.

Il abordait également l’évolution de la KHAN Academy, première plateforme de vidéos pédagogiques qui estime que sa valeur se fonde sur les échanges entre les participants plutôt que sur les vidéos elles-mêmes puisqu’elle a choisi de laisser les vidéos hébergées et en accès libre sur YouTUBE mais oblige les apprenants à passer par le site khanacademy.org pour commenter et échanger.

Il faut noter que le principe de “Formation en ligne ouverte à tous” n’était pas réellement disruptif à cette époque puisque ne venant pas concurrencer les entités de formation traditionnelles (Ecoles, Universités, organismes privés de formation initiale ou continue, formation en entreprise, etc.).

En conclusion, nous évoquions le défi majeur auquel doivent faire face les services de MOOC : re-engager les inscrits à un cours tout au long de son déroulé pour palier la désaffection conséquente des apprenants semaine après semaine.

Cet article s'attarde donc sur le profil de l'apprenant pour mieux comprendre la problématique des éditeurs de MOOCs face à leurs audiences.

Le profil de l’apprenant numérique

L’internaute apprenant se retrouve donc face à une offre pédagogique et téchnologique donnée.

En 2014, les français passent environ 30h par mois sur Internet au travers d’une multitude d’écrans selon le moment de la journée :

Consultations des moocs depuis des appareils différents

Cette fragmentation des écrans est couplée à une profusion d’informations (fil Facebook, flux Twitter, e-mails, sites de curation, annonces sur ses sites favoris...) qui rend naturellement l’internaute “zappeur”.

C’est sur ce support d’immédiateté imposée que le MOOC se présente, lui qui est constitué d’une somme de contenus longs (module de 30min à 1h30) et à l’accès exigeant (être connecté de “telle heure à telle heure”).

L’apprenant, lui, se considère comme un individu tout en ayant conscience d’être une personne :

  • comme individu, il est un être humain isolé et conclut qu’il fait partie de la société associé à ses pairs-individus;
  • comme personne, il estime progresser au contact des autres et cherche à se situer dans un système de relations qu’il contribuera à développer en apportant sa différence.

La démarche de l’apprenant vis à vis du MOOC est motivée initialement par sa dimension d’individu (“je choisis de m’inscrire à cette formation”) tandis que son adhésion au parcours fait appel à sa personne qui l’implique dans le processus d’apprentissage au travers des moyens d’échanges avec ses pairs.

D'après l'étude de Ramesh, A., Goldwasser, D., Huang, B., Daumé III, H., & Getoor, L. (2013), nous pouvons dire qu'il n'y a pas vraiment un profil unique pour l'apprenant mais plusieurs profils : 

  • Les apprenants actifs : Apprenants qui montrent des signes explicites d’engagement en postant des messages sur les forums de discussion, soumettant des quiz et des évaluations.

  • Les apprenants passifs : Apprenants qui montrent des signes plus implicites d’engagement comme le visionnage des vidéos, la lecture des messages publiés par d’autres sur les forums. Ces apprenants n’ont pas d’activité visible sur le MOOC.

  • Les apprenants désengagés : Apprenants qui montrent les signes de désengagement ou montrent une diminution significative de leurs activités dans le MOOC.

mooc-stones

Les MOOCs peuvent réunir plusieurs milliers d’inscrits avant leur lancement, mais les contraintes temporelles du parcours d’apprentissage ne suffisent pas à favoriser le maintien de l’intérêt des apprenants sur plusieurs semaines voire plusieurs mois.

C’est ce constat qui a motivé Coursera a délinéariser certaines de ses formations durant l’été 2014.

Son offre de cours intègre désormais, en complément des ressources et formations linéaires soumises par les Universités et Grandes Ecoles, des formations sur des sujets généraux comme “La nutrition infantile et l’alimentation” (“Child nutrition and cooking” by Stanford University ).

Child Nutrition & Cooking : un MOOC vidéo sur Coursera

Consulter le cours permet de constater la prise de conscience de l’éditeur de la désaffection majeure des inscrits au fur et à mesure du déroulé du MOOC :

  • les modules collaboratifs ont disparu,
  • les vidéos peuvent être regardées à tout moment et dans n’importe quel ordre
  • et aucun questionnaire n’est imposé à l’utilisateur pour passer d’une vidéo à une autre.

Liste des modules du MOOC Child Nutrition & Cooking sur Coursera

Des vidéos consultables à tout moment de la journée, un accès libre aux cursus sans inscription, des moyens d’échanges entre les apprenants réduits à peau de chagrin… YouTUBE est-il l’avenir du MOOC ?

Une démarche commune mais des objectifs différents

L’enseignement supérieur, ses entités et enseignants, voient dans le format MOOC de nouvelles perspectives de promotion d’usages, de compétences et une possible solution à leurs problématiques d’espace.

Le MOOC est perçu trop fréquemment par les organismes de formation, publics ou privés, comme un palliatif à des problèmes de fond :

  • face à un manque de notoriété et afin d’augmenter le niveau d’inscription aux cours en présentiel le MOOC va être dévoyé en étant conçu comme un objet promotionnel plutôt qu’un réel canal de transmission de connaissances;

  • à l’opposé, une Université dont les murs sont saturés, espère voir dans le MOOC la solution pour désengorger ses salles et amphithéâtres;

  • certains, enfin, caressent l’espoir qu’une telle démarche peut générer de nouvelles ressources financières et cet objectif va primer sur les contenus eux-mêmes.

Ces approches ne placent pas l’apprenant au coeur du dispositif et estiment que la mise en ligne du MOOC est la finalité du projet.

C’est oublier l’offre de connaissances gigantesque accessible sur Internet en quelques clics (articles, revues, Wikipedia…), et, de fait, la concurrence à laquelle fait face l’organisme publiant un MOOC : pourquoi s’inscrire au cours juridique d’une université provinciale alors que ceux de Harvard sont en libre accès ?

Il ne faut pas oublier que suivre un MOOC est un travail et non un loisir pour l’apprenant : il cherchera donc la meilleure formation disponible sur le marché.

Coursera l’a compris en misant sur une offre qualitative plutôt que quantitative : en avril 2014 seuls 108 établissements dans le Monde sont partenaires et contributeurs sur la plateforme .

Coursera, plateforme de moocs

La start-up semble donc offrir un cercle vertueux :

  • les internautes sont attirés par la qualité des cours des Universités et Ecoles de renommée mondiale;

  • et ces mêmes organismes confient leurs cours à Coursera qui en assure la promotion auprès de millions d’individus.

Dans une troisième partie, nous aborderons le modèle économique des différentes plateformes de MOOCs afin de mieux comprendre les enjeux liés à cette offre de formation.

 

Manon Pecastaings - Marketing manager

Manon Pecastaings
Marketing Manager @ Libcast