MOOC : comprendre le phénomène et ses origines - 1/4

MOOC : comprendre le phénomène et ses origines - 1/4

Manon Pecastaings 1 Comment 14 octobre 2014 16:00:00 CEST Tendances Vidéo Marketing, eLearning Lire en français

Cette série d'articles sur les MOOC se fonde sur nos réfléxions et nombreux échanges avec les chef de projet des Universités et Grandes Ecoles qui emploient Libcast. Cette semaine, la première partie fait le constat du phénomène des MOOC et vous présente ses origines.

Sommaire

Les origines 
L'apport connectiviste
Une évolution mais pas une révolution

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Nous collaborons avec les services audiovisuels et usages innovant d’une douzaine de grandes écoles, universités et grands établissements en France depuis un peu plus de cinq ans.

La plateforme accueille en majorité les cours et conférences captés mais également les ressources complémentaires des enseignants ou encore les films promotionnels de l’entité.

Libcast est positionné en "noyau" de leurs projets de gestion et diffusion de contenus vidéo, c’est à dire que le service n’est pas isolé mais bien intégré avec de nombreux composants du SI :

  • l’annuaire des utilisateurs central, pour auto-connecter les utilisateurs avec les droits appropriés (ex: le professeur peut héberger et publier de nouvelles vidéos tandis que l’étudiant peut seulement les consulter voire les télécharger, etc.);
  • le gestionnaire de cours, pour attribuer les droits d’accès adéquats aux bons utilisateurs;
  • les agents de captation, quand l’école ou l’université en possède, pour publier directement les cours captés depuis les salles et les amphithéâtres;
  • la publication tierce, dans le cas où, en plus des blogs de cours générés par Libcast, les vidéos doivent être adressées de manière ponctuelle sur YouTUBE ou iTunesU;
  • et, parfois, avec l’infrastructure locale puisque la production importante de certains établissements nécessite d’adresser plusieurs dizaines de giga de nouvelles vidéos chaque jour, il est donc privilégié d’installer la plateforme et le système de stockage sur le réseau local pour gagner en rapidité dans l’échanges des données.
Selon une étude de Duke University et RTI International, menée auprès de 400 recruteurs américains, 73% des employeurs ont une opinion favorable des Mooc.Tweet: 73% des 400 employeurs interrogés ont une opinion favorable des #Mooc #DukeUniversity

Si l’on accepte la définition de l’objet MOOC comme un parcours de formation composé de vidéos et de modules de validation de la connaissance transmise (forum, quizz…), nous nous sommes rapidement interrogés sur l’opportunité :

  • de spécialiser la plateforme en ajoutant des modules collaboratifs, quitte à nous éloigner de notre métier premier : l’hébergement, l’encodage, la gestion et la diffusion de vidéos;
  • ou de considérer le MOOC comme une interface tierce et sur laquelle nous devons favoriser l’intégration des vidéos Libcast (concrètement: devions-nous réaliser un plug-in Coursera ou EdX ?).

En décembre 2013 nous avons lancé un sondage auprès de nos clients historiques dans l’enseignement supérieur ou continu, et organisé une rencontre à HEC Paris pour échanger ensemble à ce propos.

la théorie de l'iceberg Cette image très connue d’un iceberg illustre notre problématique de l’hiver 2013 : d’une part nous étions (et sommes) dépositaires de milliers d’heures de cours captés et diffusées en privés et, d’autre part, la tendance MOOC incite à “formater” et diffuser des cours en vidéo auprès du grand public.

Nous nous sommes toujours focalisés sur les usages et l’ergonomie pour favoriser les usages auprès des utilisateurs (enseignants et apprenants), il nous semblait donc que nous avions une réponse à apporter aux projets MOOC de nos clients.

Mais commencons par revenir aux origines de cette tendance et des expérimentations menées avant le "grand buzz".

Quel problème le MOOC entend résoudre ?

Les origines

Au début des années 2000, de nombreux outils et services sont apparus pour permettre aux internautes ayant peu de connaissance technique de mettre en ligne leurs “messages”.

A peu près tous les formats connus pouvaient désormais être diffusés facilement sur Internet : des articles (avec les blogs), des contenus audio ou vidéo (démocratisation du format podcast, apparition de YouTUBE…), des présentations (Slideshare), son CV (LinkedIn), du code (GitHub) etc.

La couche technologique, souvent complexe, que représente la diffusion d’un contenu en ligne, a été déportée du côté du fournisseur de service afin d’en décharger l’utilisateur, pouvant désormais se focaliser sur la production elle-même.

Cette évolution notable de l’usage et de l’offre de service d’Internet a été résumée par l’expression de Tim O’Reilly en 2004 : le “Web 2.0”.

C’est dans ce cadre que les premisses de ce qui est baptisé “MOOC” de nos jours a vu le jour : la Khan Academy.

Salman KHAN, professeur américain de mathématiques, s’était approprié les outils de publication en ligne pour partager avec ses parents et amis ses petits cours, au format texte sur Yahoo!  puis vidéo (via YouTUBE).

La page d'accueil de la Khan Academy

L’engouement des internautes pour ses productions l’a encouragé à ouvrir un portail dédié qui s’est enrichi avec le temps grâce au dépôt de cours d’autres enseignants.

La Khan Academy a posé les jalons d’une nouvelle méthode d’apprentissage :

  • les cours sont disponibles gratuitement sur Internet 24h/24;
  • ils sont accessibles à tous, sans contrainte de diplôme ou profil;
  • la présence physique de l’enseignement n’est plus un critère déterminant;
  • la localisation de l’étudiant dans la même salle que le formateur n’est plus requise;
  • le cursus d’apprentissage n’est plus figé, puisque l’étudiant apprend à son rythme, peut abandonner ou changer de parcours à tout moment;
  • la conclusion de l’apprentissage n’est pas une gratification formelle (ie. un diplôme) mais bien l’acquisition simple de nouveaux savoirs ou compétences.

En conclusion, le lien entre l’enseignant et l’apprenant est devenu un postulat mineur puisque la diffusion du savoir s’opérait selon un modèle “one-to-many”, sans retour particulier de la part des apprenants, avec le formateur ou entre eux.

La mise à disposition des individus d’une masse de savoir ne nécessitant pas d’implication particulière de leur part n’est finalement pas si différente de la consultation ...d’un dictionnaire papier !

On peut résumer, l’impact de la Khan Academy à son rôle dans la pratique de mise en ligne et de diffusion de connaissances sur Internet, ce qui a jeté les bases du développement de la Formation ouverte et à distance (FOAD) dans le monde de l’enseignement comme dans les entreprises.

L’apport connectiviste

Les plateformes Coursera, EdX, Udacity… apparues à partir de 2011 se fondent sur les innovations de la Khan Academy dans la pratique de mise en ligne de contenus pédagogiques et vont s’attacher à “structurer” les parcours et “connecter” les apprenants qui faisaient défaut jusqu’alors.

Autour de la vidéo du cours, ces services vont favoriser l’éditorialisation périphérique de l’objet d’apprentissage en l’indexant assez fortement et en lui adjoignant des liens ou documents annexes, ou encore des animations.

Elles vont, en outre, apporter la notion de “parcours”, d’une part en introduisant une notion de temporalité ("cours accessible uniquement de la date X à la date Y"), d’autre part en instaurant des “portes à franchir” pour accéder au cours suivant : l’enseignant, émetteur de la connaissance, ne pouvant évaluer individuellement les copies de chaque participant ce sont des modules de type “quizz” relatifs au cours qui valident ou pas le passage de l’apprenant.

Le second apport majeur vis à vis du modèle historique de formation à distance est l’emploi de modules favorisant les échanges entre les apprenants.

Jusque là, comme l’accessibilité apportée par la diffusion sur Internet visait à “abattre les murs de la classe”, la mise en relation entre les apprenants ne semblait pas déterminante.

C’est pourtant une dimension importante de l’éducation en général : la progression de l’individu par la relation avec la communauté autour d’un même but.

Cette dimension a été occultée par la Khan Academy dans sa première version (les apprenants employaient le module de commentaires de YouTUBE pour échanger autour du cours). L’importance de cet aspect dans le parcours d’apprentissage, ignoré dans un premier temps, a été rapidement compris par les éditeurs qui considèrent désormais ces échanges comme une des valeurs clés de la Khan Academy

Pour illustrer cette prise de conscience, la vidéo du cours sur l’entrepreneurship est hébergée sur YouTUBE avec le module de commentaires désactivé tandis que les échanges sont opérés exclusivement depuis la page de la Khan Academy intégrant la vidéo :

L'illustration distingue la présence de commentaires sur Khan Academy alors que la vidéo est hébergée sur YouTUBE

C’est une composante importante qu’il convient de souligner et qui nous a aidé à clarifier le rôle de Libcast vis à vis des MOOC : la base du cours, c’est à dire la vidéo, n’est pas l’élément clé du point de vue des éditeurs de plateformes de MOOC.

Coursera et edX ont intégré dès leur lancement cette dimension sociale dans leurs parcours d’apprentissage en proposant un forum propre à chaque cours, qui permet aux apprenants d’un même cours de discuter entre eux mais aussi d’élargir le savoir prodigué dans le cours en partageant leur expérience propre dans le domaine du cours.

Ce besoin de “co-apprentissage” entre les apprenants demeure toutefois mal assuré. Les attentes des apprenants et leurs usages au quotidien des réseaux sociaux les poussent à créer leurs propres groupes d’échanges hors du système “officiel”.

HEC Paris a lancé sur Coursera le MOOC Understanding Europe, intégrant un forum (l'outil de Coursera), pourtant ce sont sur des lieux d’échanges crées par les apprenants que l’essentiel des discussions s’opère (voir le groupe Facebook)

Succès de l'année 2014, le MOOC "Du manager au leader" produit par le Cnam a rassemblé 36.000 inscrits.Tweet: Succès de l'année 2014, le #MOOC

Une évolution mais pas une révolution

Le format MOOC s’inscrit dans la continuité des initiatives privées et publiques de mise à disposition du savoir en accès libre sur Internet : c’est l’application métier (la diffusion de la connaissance) d’un agrégat de technologies “Web 2.0” (vidéo en ligne, forums, blog…) sur un secteur : le monde de l’enseignement.

Enseignement Massif en ligne- MOOC

L’adjonction d’une notion de parcours temporels à de simples vidéos hébergées sur YouTUBE visait à rapprocher leur modèle de diffusion d’un cursus de formation traditionnel.

Pourtant, seulement 23% des universitaires américains pensent que les MOOC ont un avenir à long terme, selon un sondage mené par le Babson Survey Research Group.Tweet: Seulement 23% des universitaires américains pensent que les #Mooc ont un avenir à long terme,  #BabsonSurveyResearchGroup #elearning

Minimisant de fait la liberté initiale offerte aux internautes (apprendre à son rythme, à tout moment et sans ordre particulier), les plateformes de MOOC doivent faire face à un problème de taille : l’abandon des apprenants en cours de parcours, incapable d’accorder le planning de formation avec leurs propres impératifs.

Cet aspect sera l'objet de notre second article sur la tendance MOOC, restez à l'écoute ou abonnez-vous à notre newsletter pour être avertis de sa parution !